Patchwork

Il y a ceux qui racontent leur vie, entrant dans les moindre détails. Comme s’il me fallait tout savoir d’eux pour pouvoir les soigner. J’ai droit à un curriculum vitae détaillé. Ça ne me dérange pas, sauf quand ils arrivent en retard. Alors ça m’agace.

Il y a ceux qui restent le moins longtemps possible. Comme s’ils risquaient de tomber malades à mon contact, chaque minute supplémentaire passée dans le bureau étant vectrice d’une nouvelle maladie. Ils en disent le moins possible, je leur tire les vers du nez. Ils sont plutôt sympathiques mais « n’aiment pas trop les médecins ». Je les aime bien moi, ils me permettent de rattraper le retard pris avec ceux qui racontent leur vie.

Il y a les méfiants, qui n’aiment vraiment pas les médecins. Ils prennent plusieurs avis  pour ensuite pointer du doigt d’éventuelles incohérences. Ils posent des questions sur tout, des questions auxquelles je n’ai jamais pensé auparavant. Ceux là, je les crains, car ils me renvoient à mes propres limites.

Il y a les curieux, qui veulent tout savoir de ma vie. « Eh bien Docteur, vous avez un petit accent, vous seriez pas de Trifouillis-Les-Oies par hasard ». Eh non, bien tenté. Je me plie de bonne grâce à leur petit jeu, mais tout de même je m’en méfie un peu.

Il y a ceux qui ont déjà fait leur diagnostic, et qui savent déjà ce qu’il faut prendre. La médecine, ce n’est pas si compliqué après tout. Ils me prennent de haut. Un jour je leur tendrai mon stylo et leur demanderai de rédiger l’ordonnance à ma place. En attendant, ils m’énervent.

Il y a ceux qui pestent contre les médecins, « toujours devant leur ordinateur », « qui ne se déplacent plus », « ah ce n’est plus ce que c’était », « ne veulent plus prescrire d’antibiotiques » etc ... S’imaginent-ils que je joue au démineur pendant que je les écoute ?  « Déshabillez-vous, le temps que je finisse ma partie ». Ceux-là arrivent le plus souvent en retard. Eux, ils m’énervent aussi.

Il y a ceux qui viennent juste pour avoir un diagnostic, et qui ne sont pas perturbés de repartir sans ordonnance. Ceux-là, bizarrement, me déstabilisent alors qu’ils ont tout compris. Ils me respectent et je les aime vraiment bien.

Il y a les petits bouts qui peuvent faire d’une consultation un cauchemar ou un moment de grâce. Avec des petites victoires au quotidien quand je parviens à les apprivoiser.

Il y a ceux qui sont au fond du fond, dans la plus grande détresse. Je frissonne face à eux. J’essaie de rester professionnelle, mais je n’en mène pas large. Je me sens complètement démunie face à eux.

Ils sont tous différents, ils ont tous une approche différente de notre relation. C’est ce qui rend notre métier si complexe et passionnant à la fois.

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2 Commentaires

  1. « Un jour je leur tendrai mon stylo et leur demanderai de rédiger l’ordonnance à ma place » ^^
    L’un de mes prat’ de stage en ville m’a raconté que lors d’une première consultation avec une patiente, elle était arrivée avec sa liste de médicaments. Il lui a tendu ordonnancier et stylo et a ajouté « Je vous dois combien ? ».
    Un jour, peut-être, je l’imiterai ^^

    Réponse
  2. marguerite cotten-cavalieri

     /  janvier 26, 2013

    Et donc nous sommes à chaque fois un médecin différent, nous sommes bons médecins pour certains (je veux dire que nous sommes thérapeutiques avec eux , que nous les soignons bien) et moins bons pour d’autres, l’objectif étant au moins de ne pas nuire. Ce qui est « soignant » en nous nous échappe en grande partie, très souvent nos médicaments ne sont que des médiateurs investis par les patients comme des objets de transfer (comme des doudous pour les petits), c’est pourquoi nos bons vieux médicaments n’ayant pas prouvé leur effet dans de grandes études, mais sans effets secondaires, en un mot nos placebos nous manquent, en tout cas ils ne sont plus remboursés par la sécurités sociale, ils permettaient aux patients, par leur biais d’utiliser l’effet « docteur » très certainement assez puissant ( difficilement mesurable car très opérateur dépendant!!!).
    Pourvu que l-homeopathie ne soit pas aussi déremboursée, pour ma part je l’utilise un peu dans cet esprit…
    M

    Réponse

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