Poisson grillé à la banane plantain

Déjà 8 ans que je les connais. J’étais alors une étudiante, j’effectuais mon stage d’été dans ce sordide service de cardiologie. J’y ai appris à identifier et différencier les souffles cardiaques, j’en suis sortie balèze en sémiologie cardiaque.

J’ai surtout appris que le rhumatisme articulaire aigu existait encore, et qu’on pouvait en mourir à 23 ans. J’ai appris que les parasitoses pouvaient provoquer une anémie intense, et qu’on pouvait en mourir aussi, faute de poches de sang disponibles.

Ils étaient étudiants, comme moi. Un soir, ils m’ont invitée à manger chez celui qui avait la plus grande chambre, à vue de nez  6m². Nous nous sommes tous assis sur le lit, et nous avons dégusté un succulent plat de chez eux. En dessert, ils m’avaient cuisiné un gâteau au chocolat, délicate attention pour me faire plaisir.  Je me suis toujours demandée où ils avaient pu acheter le chocolat, et comment ils avaient fait cuire ce gâteau,  étant donné l’absence de four et leur matériel de cuisine rudimentaire. Ce soir là, une grande amitié est née.

Les études de médecine revenaient trop cher dans leur pays d’origine, c’est pourquoi ils se retrouvaient là, étrangers, un peu comme moi. Ils n’avaient pas vu leurs familles depuis plusieurs années, car le trajet revenait bien trop cher. L’un d’eux me racontait qu’il avait tenté le trajet par la route une fois, mais qu’il s’était fait braquer et dépouiller en chemin, il n’avait pas eu d’autre choix que de faire demi-tour. Il s’estimait heureux d’en être sorti vivant.

Depuis, nous n’avons jamais perdu contact. Ils sont devenus internes en même temps que moi. Mais il a fallu changer de pays à nouveau. Ils y sont allés, sans se poser de questions, c’était de toutes façons la seule solution pour accéder à leur rêve. Alors que mes premiers salaires d’interne me procuraient un certain confort de vie, ils devaient encore se contenter de petites chambres d’étudiants . Toujours avec le sourire.

Plus tard, ils ont du quitter précipitamment le pays, à cause d’une instabilité politique majeure. Ils ont retrouvé leurs familles, seul point positif à cet exode forcé. Depuis, ils travaillent là bas, l’un en brousse l’autre en ville. Ils ne perdent pas espoir de pouvoir reprendre leur internat. C’est prévu pour dans deux mois, sous réserve d’acceptation de leur visa.

Je ne suis pas une fille facile, je suis du genre insatisfaite permanente. Mais quand je pense à eux, ou que je raccroche d’une conversation avec l’un d’entre eux, comme tout à l’heure, je me fais l’effet d’être une petite fille gâtée-pourrie.

Tant de sacrifices, tant de ténacité, et tant de bonne humeur à la fois…ils forcent mon admiration.

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1 commentaire

  1. Oui, finalement, on n’est pas si malheureux que ça 🙂

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