Et si je m’installais ?

Il y a 2 ans 6 mois et 15 jours à 8h10, j’avais mal au ventre, morte de trouille avant mon tout premier remplacement.

Trente-deux médecins remplacés plus tard (oui, j’ai compté) je m’interroge… et si je m’installais ?

Ma vie a été mouvementée ces dernières années. J’ai pondu une thèse dans la douleur, je suis partie en voyage à l’autre bout du monde plusieurs mois avec mon amoureux (et c’était formidable), nous avons déménagé en terre inconnue, du moins pour moi. J’aspire peut-être à plus de stabilité.  

Je ne voulais pas m’installer, du moins pas tout de suite. Pour moi c’était un boulet à mon pied. C’était comme un mariage mais sans les sentiments. Je voulais continuer à être libre, pouvoir partir 3 ans aux îles Fidji si ça me chantait.

Mais la question est bien là, depuis notre retour de voyage. Insidieuse au début, de plus en plus pressante. Et si je m’installais ?

J’en ai ma claque des remplacements. Devoir toujours m’habituer à d’autres pratiques, d’autres patients, d’autres secrétaires. Allumer systématiquement le GPS en visite, et pester parce qu’il est de plus en plus capricieux (mon GPS m’enverrait-il un message subliminal…). Ne pas avoir de retours sur ma façon d’être, de faire.

J’ai envie d’avoir mes patients, de les suivre au long cours, de les soigner comme je le veux sans avoir à rendre de comptes. J’ai envie d’avoir une pratique plus approfondie, ce qui me paraît difficile dans le caractère ponctuel de l’exercice du remplaçant.

Mais voilà, ce n’est pas si simple. J’ai peur que ça ne marche pas, j’ai peur d’être débordée et de perdre mes loisirs, j’ai peur de ne pas pouvoir profiter de mes (futurs) enfants. J’ai peur de toutes les démarches administratives encadrant une installation. Je sais qu’une installation sera forcément assortie de contraintes, mais ne seront-elles pas trop pesantes ? Ne me feront-elles pas regretter mon choix ?

Cette question est probablement le fruit de mon évolution personnelle, mais un évènement récent l’a précipitée. Un médecin m’a proposé de lui succéder dans le cabinet de mes rêves : milieu rural sans être paumé, associés sympas avec des pratiques qui me correspondent, secrétaires ultracompétentes, tout informatisé, etc etc… Seul bémol : ce médecin travaille beaucoup, minimum 30 consultations/j.  Pour l’instant je temporise, je prétexte mon arrivée récente dans la région pour prendre mon temps. Je n’ai pas fermé la porte. Mais il va finir par se lasser.

Alors voilà, je m’interroge.

Publicités
Poster un commentaire

21 Commentaires

  1. Doudoubenco

     /  juin 27, 2012

    J’adore ton blog et merci de faire partager tes expériences. Beaucoup de médecins (remplaçant ou non) doivent se reconnaître en toi.
    Le fait de s’installer demande beaucoup de réflexion. J’espère que d’autres lecteurs medecins partageront leurs expériences ici.
    J’attends tes nouveaux billets avec impatience.

    Réponse
  2. Docidoc

     /  juin 27, 2012

    Salut,

    Et bien, s’il en voit 30 par jour, rien ne t’empêche de n’en voir que 20, surtout s’il travaille sur RDVs (s’il ne s’agit que de Cs libre, cela risque d’être un peu plus délicat).
    Sinon, de la théorie à la pratique, il y a souvent un gouffre : SCM, SCI, frais d’entrée, loyer, âge des secrétaires (qui paiera et dans quelles proportions lors de leurs départ à la retraite), âge des confrères (si âgées, sachant qu’ils ne seront pas remplacés etc…)
    Personnellement, j’ai préféré créé en solo : normes 2015, télésecrétariat, pas plus de 20 patients par jour, 8-12 14-18, 4j/semaine, location. Pas d’emmerde avec les associés.

    Réponse
    • Pour ma part, travailler seule me poserait un problème je pense. Mais je comprends les avantages. Merci de ton conseil.

      Réponse
  3. Si tu penses qu’il est possible de négocier/d’organiser ton planning à ta sauce avec des délais plus longs pour les patients, il se peut que les choses se régulent d’elles-mêmes. Tout dépend aussi de ce que les autres associés attendent de toi. Si ils comptent sur toi pour en faire plus et les décharger (en terme de patients mais aussi de charges , peut-être cela risque-t-il d’être difficile. Dans le même cas que toi, et avec l’assurance d’avoir un revenu complémentaire via le conjoint (pour assurer les frais supplémentaires du début d’exercice), je crois que je m’installerais…

    Réponse
  4. phisebal

     /  juin 27, 2012

    Je suis exactement dans la même interrogation que toi, et pfff que c’est dur ! Mêmes questionnements, mêmes envies et mêmes peurs…
    A la différence que je remplace très régulièrement les mêmes médecins, depuis presque 4 ans maintenant. Alors je connais les patients, ils me (re)connaissent, souvent je sais ce qu’ils deviennent/ sont devenus. J’y prends du plaisir, vraiment.
    Mais comme toi, j’ai envie d’avoir mes propres patients, d’approfondir ces relations, de prescrire exactement comme je l’entends…
    J’ai aussi, comme toi peur de perdre mon temps libre, d’être oppressée par toutes ces contraintes administratives et je ne sais si je dois m’installer vite ou attendre d’avoir un 2ème enfant.
    Cependant, je crois que quand cette petite voix se fait de plus en plus pressante, et qu’on propose (en plus) une bonne opportunité il faut oser franchir le pas… Si tu te questionnes trop, c’est que ce n’est peut être pas le bon moment, il y en aura d’autres des propositions… (pleins d’autres même !)
    J’attends beaucoup d’une semaine de remplacement cet été pour moi aussi faire ce choix, je me mets à rêver de mon futur cabinet, où tout est beau dans le meilleur des mondes. Oserai je plonger le moment venu, dans la réalité ?
    Beaucoup de courage pour ce questionnement difficile, je suis sûre que tu feras les bons choix. Laisse ton coeur te guider !

    Réponse
    • Pour moi aussi, mon remplacement de cet été sera déterminant. Merci de ton commentaire, et bon courage à toi !

      Réponse
  5. La même question que moi l’an dernier. Et depuis je suis installée. Bon j’ai eu pas mal de déconvenues, beaucoup de surprises après signature. Si t’as des questions, mail moi.
    Mais s’installer c’est cool. Mon prédécesseur faisait beaucoup plus d’actes que moi. J’ai perdu pas mal de patients en refusant des rdv cet hiver, ça a écrémé.
    Quand on en a marre de ne jamais être chez soi, c’est qu’il est temps. Je savoure le fait d’avoir mon bureau où je sais où tout se trouve, ma secrétaire que j’aime d’amour, mon ordi sur lequel je peux laisser mon historique sans que ça gêne…
    Réfléchis bien

    Réponse
    • Je me rappelle bien de ton billet sur ces fameuses déconvenues, et il m’avait fait beaucoup fait cogiter d’ailleurs. Je suis heureuse de voir que ça se passe bien maintenant pour toi. Je vais voir comment la situation évolue, et si les choses se précisent, je te demanderai peut-être des renseignements plus précis. Merci pour ton aide.

      Réponse
  6. Sinon, y’a aussi l’option « binôme ». Trouver quelqu’un qui travaille un peu comme toi, et vous répartir le temps plein bien plein de celui qui part en deux temps partiels plus confortables. ça dépend de tes attentes financières et en terme d’organisation et de temps de travail. Et de l’accord des associés, bien sûr…

    Réponse
  7. docteurmilie

     /  juin 27, 2012

    si tu veux mon humble avis de bisounours, je peux te suggérer le statut de collaboratrice qui au final ne change pas grand chose, sinon dans la tete, dans les charges et dans le temps de travail, bref c deja pas mal…
    cela permet d’avoir les avantages sans les inconvenients …
    le point crucial etant surtout de poser des limites à tes associés dès le début : il faut leur dire directement « moi je ne veux pas bosser autant, pas tous les jours ou pas toutes les demi journées ou bref ce que tu veux, que tu comptes avoir des enfants etc , ce que tu veux toi dans l’ideal et leur dire c’est à prendre ou à laisser: ils seront déjà très contents de t’avoir …et surtout ne pas te laisser bouffer dès le début et tomber dans l’engrenage …
    Si cela est possible dans ce cabinet bien sur … et savoir dire non !
    en tout cas pour moi , l’installation en tant que collaboratrice sans bosser comme une folle, c’est vraiment la belle vie …
    si tu as plus de questions, n’hesite pas

    Réponse
    • Merci miss bisounours ! Pour l’instant, je n’ai pas eu de telles propositions (du moins dans ma nouvelle région), mais pourquoi pas. Dans ce cabinet, je ne pense pas que ce soit possible, car le médecin cherche vraiment un successeur.

      Réponse
  8. Comme Fluorette, je me suis installée en janvier. Je n’ai jamais aimé le statut de remplaçant, excepté pour le côté vacance/repos facile.
    Même si il y a de la paperasse chiante à laquelle on n’est pas préparé, c’est tellement bien d’avoir son bureau, sa plante, son thé, son ordi, sa musique, son organisation…
    C’est devenu mon second chez moi, et c’est quand meme beaucoup plus motivant pour se lever le matin.

    Bref, réfléchis, ne te stresse pas et impose tes désidérata

    Réponse
  9. Trente actes par jour cinq jours sur sept, c’est correct s’il n’y a pas plus de 2 ou 3 V par jour, si on a un bon secrétariat, des associés sympas, et des vacances fréquentes.
    Mais je suis en ville.
    Perso, je serai, le 5 septembre prochain à 33 ans d’installation, environ 7000 actes par an, dix semaines de vacances (un remplaçant à chaque fois), une associée qui fait environ 6000 actes (et dix semaines de vacances itou), je travaille en moyenne11 heures le lundi, 7 heures le mardi (je commence à 13H 30), 11 heures le mercredi, jeudi repos, 10 heures le vendredi, et 7 heures le samedi (je termine à 15 heures). Pas de gardes. Je travaille en mixte, rendez-vous et libre, cela permet aux patients de se réguler eux-mêmes.
    La seule façon de baisser le nombre d’actes, c’est de fermer (comme j’ai fait le mardi matin).
    Bon courage.
    PS : Un facteur majeur : les établissements scolaires.

    Réponse
  10. goldoralex

     /  juillet 4, 2012

    installé (succession) depuis 3 mois, je commence seulement à souffler avec l’arrivée de l’été, au début c’est beaucoup de travail: reprendre tous le dossiers papier, parfois à zéro, remplir le dossier informatisé avec les données manquantes, essayer de comprendre comment et pourquoi les choses ont été faites (prescriptions ou absence de prescription) par mon prédecesseur, établir un premier contact et démarrer une nouvelle relation avec des patients qu ej connaissais peu (j’ai remplacé peu souvent dans ce cabinet avant de m’y installer). Ca fait des consultations à plus de 20 minutes au départ, parfois 1 heure de retard là où mon prédecesseur prenait 10 minutes par patient et n’étais jamais en retard! Même avec des plages de 15 minutes et des plages libres à chaque demi journée, je finis rarement à l’heure. Après ça tu as le médicoadministratifs quotidien et la compta qui prend 1h par jour et les démarches administratives/bancaires liées à l’installation qui occupent ton temps libre. Les semaines se ressemblent toutes et défilent plus vite qu’avant mais je ne ressent pas encore de routine.
    C’est dur mais je pense que dans 3 mois j’aurais atteint mon rythme de croisière, en tout cas, je ne regrette pas (encore) le temps où je remplaçais.
    Courage si tu te lances et impose tes limites (aux patients, à tes associés et surtout à toi même!)

    Réponse
  11. fruitconfetti

     /  juillet 6, 2012

    Bonjour,

    Je me suis installée voilà 6 ans maintenant après seulement 1 an de rempla car j’avais une opportunité et marre de ne pas pouvoir faire comme je voulais.
    J’ai adopté le statut de collaborateur libéral au début pour ne pas avoir l’impression de trop m’engager puis au bout de 6 mois il est devenu plus avantageux financièrement de m’associer.
    Mon constat actuel est le suivant: je pense que nos peurs d’engagement, de surmenage etc… sont avant tout psychologiques, si on veut bosser à son rythme (et par exemple élever des enfants en parallèle) rien ne nous en empêche, il suffit d’être clair avec tout le monde comme le disait docteurmilie.
    Après les barrières on se les met souvent tout seul genre « oh mais que vont-ils penser de moi (mes patients, mes associés, mes confrères…) » ou bien « j’ai fait 10 ans d’étude je vais pas gagner « que » ça!! » (moins on bosse moins on gagne ;-).
    Si le libéral a bien un avantage c’est celui ci: faire ce qu’on veut (en respectant les autres bien sûr).
    Et si un jour tu as envie de partir au Fidji, qu’est ce qui t’en empechera? Plus sérieusement l’installation n’est pas forcément à vie, j’ai plein d’exemple de changements autour de moi: changement de lieu ou de mode d’exercice voir changement de vie. Si tu visses ta plaque tu ne seras pas enchainée… sauf si tu t’enchaines toute seule!!
    Courage!!

    Réponse
  12. Poum

     /  juillet 6, 2012

    Bonjour,

    installé depuis plus de quinze ans maintenant je dois dire que je ne le regrette pas. Être seul responsable de son matériel, de la gestion de son temps, n’a pas de prix et je me demande rétrospectivement pourquoi je m’étais entiché à vouloir rester à l’hôpital où on passe plus de temps à pleurer des compresses ou des places dans les autres services qu’à soigner vraiment.

    Mon seul bémol c’est l’association : fort d’un premier associé avec lequel tout se fait de manière automatique sans chichi (50/50) je n’ai pas beaucoup appréhendé le passage à 3 : mal m’en a pris. Je constate aujourd’hui amèrement que si ce 3e associé s’est associé à nous c’est uniquement pour des raisons financières et dans l’espoir que notre forte demande en consultation remplisse son planning trop vide. Du coup, c’est avec un peu d’amertume que je suis aujourd’hui associé à cet autre confrère : tout se passe bien, sauf s’il s’agit de sous. Il cherche son intérêt, pas celui du groupe ni des autres.

    S’installer : fais le, c’est extraordinaire cette relation de confiance avec les patients mais s’associer : réfléchis y longuement…

    Réponse
  13. Bonjour,
    après 10 ans de salariat, j’en ai eu ma claque… je m’ennuyais… alors j’ai franchi le pas !!! Je serai installé le 3 septembre… Et j’ai peur !!!! oui, mort de trouille, avec les mêmes questions que toi… et c’est un peu pour ça que j’arrive ici et sur twitter… mais je suis content car je pense que je serai heureux… je suis peut être naïf… on verra… je te tiendrai au courant… en tout cas ça fait du bien de ne pas se sentir seul… on a finalement tous les mêmes craintes…
    @+

    Réponse
    • Bonjour, Twitter (que j’ai découvert récemment) m’aide dans mon activité quotidienne. C’est une manière de se sentir moins seul, et de partager nos problèmes, face à un exercice très solitaire. Je te suivrai avec plaisir. Je te souhaite un grand courage pour ce grand pas qui t’attend.

      Réponse
  14. C’est presque rassurant de voir qu’on a tous les mêmes questions et les mêmes craintes…

    Réponse

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :